12
Richard entraîna Sweeney dehors. Il laissa Candra sangloter dans l’entrée de l’immeuble. L’homme d’affaires avait garé sa Mercedes un peu plus bas, dans la rue – il était venu sans chauffeur. Le quartier n’était pas des plus chic, mais on ne risquait tout de même pas de se faire voler ses enjoliveurs en un quart d’heure.
Les amants restèrent muets tandis que Richard déverrouillait la portière côté passager et aidait Sweeney à monter. Celle-ci demeurait silencieuse. Elle savait à présent pourquoi Richard divorçait de Candra, qui venait par ailleurs de lui apparaître sous un jour peu flatteur.
— Je suis navré, déclara Richard d’un ton bourru, en même temps qu’il s’insérait dans la circulation. Tu avais refusé de me fréquenter notamment pour éviter des scènes comme celle-là.
— Ce n’était pas ta faute, mais la sienne ! protesta Sweeney.
Le feu passa au vert à leur approche. Elle baissa les yeux.
— Moi aussi je suis navrée. À propos de l’avortement. Je n’étais pas au courant.
— Candra a avorté il y a deux ans, déclara Richard d’un air sombre. Je l’ai appris peu après ton arrivée à New York. Je l’ai mise à la porte sur-le-champ et j’ai demandé le divorce dès le lendemain.
— Tu voulais des enfants ?
Sweeney se reprocha aussitôt d’avoir posé cette question. La réponse était évidente.
— Pas à ce moment-là, non. Et pas de Candra. Sa grossesse était un accident. Mais dès lors qu’elle était enceinte, la situation changeait. Le bébé existait. C’était mon enfant.
Sweeney restait perplexe. Il lui paraissait inconcevable qu’on pût être l’épouse de Richard et ne pas garder son enfant.
— Comment l’as-tu découvert ? s’enquit-elle.
— Candra me l’a dit au cours d’une dispute où elle avait bu – elle m’a craché cet aveu à la figure.
Un deuxième feu leur laissa le passage. Richard sourit à Sweeney.
— Je crois que dorénavant, tu vas devoir m’accompagner partout !
Elle comprit qu’il tenait à changer de sujet. Elle se cala contre le dossier de son siège, soulagée.
— Où allons-nous ?
— Dans un petit restaurant que je connais. Rien de très chic.
— Tant mieux. Je n’aime pas les endroits chics.
Le petit restaurant en question se trouvait sur l’autre rive de l’Hudson, dans le New Jersey. Le couple traversa le tunnel Holland en un temps record – grâce à Sweeney. Richard ne douta plus des pouvoirs extra-sensoriels de sa compagne.
Ils trouvèrent une alcôve dans le restaurant, lequel ne devait pas avoir beaucoup changé depuis les années 50, et commandèrent des œufs et du café.
— Je croyais que Candra possédait la galerie, déclara Sweeney.
— Elle dirige l’affaire, mais j’en suis le propriétaire.
— Tu t’apprêtais donc à acheter un tableau dans ta propre galerie et à lui verser une commission ? s’étonna-t-elle.
Richard haussa les épaules.
— Si Candra ne signe pas les papiers avant la date limite, je garderai la galerie, et il ne sera plus question de commission. Elle signera, toutefois. C’est dans son intérêt.
— Et si elle refuse ? Elle a été furieuse de nous trouver ensemble. Elle pourrait te compliquer la tâche, histoire de se venger.
— Dans ce cas, je la ruinerai. Elle n’aurait pas un sou, et elle le sait.
Sweeney se posa une autre question, qu’elle formula à voix haute.
— Je me demande pourquoi elle venait me voir.
— Candra n’est pas une idiote, elle me connaît. Elle a vu que je m’intéressais à toi, ce fameux jour, à la galerie. Elle m’a fait une proposition : soit j’augmentais le montant de la somme que j’ai accepté de lui verser, soit elle s’employait à briser ta carrière. Ma réaction l’a effrayée.
— J’imagine, oui.
Richard devait être un ennemi redoutable, songea Sweeney.
— Dans ce cas, pourquoi venir me voir ? insista-t-elle.
— Pour te prier de m’inciter à lui accorder un versement plus important.
— Si elle savait que nous nous fréquentions, pourquoi faire une scène ?
— Cela restait une vue de l’esprit, Sweeney. La confrontation avec la réalité n’est jamais agréable. Alors, tu imagines, nous trouver à ta porte, bras dessus, bras dessous, tôt le matin !
Sans oublier que la présence sur place de Richard ruinait l’espoir qu’avait Candra de manipuler la jeune artiste.
— Je te complique la vie, n’est-ce pas ? s’exclama celle-ci.
— De par le simple fait que tu existes, si.
Le milliardaire considéra son amie.
— Tu m’empêches de dormir, tu m’obsèdes jour et nuit. Tu me rends fou, Sweeney !
Elle lui caressa le mollet avec son pied.
— Je suis sérieuse.
— Moi aussi, chérie.
Elle fronça les sourcils.
— Tu m’as appelée chérie ?
— Mais oui, affirma-t-il avec un grand sourire.
Émue, elle détourna les yeux et regarda par la fenêtre.
Un vieillard voûté marchait sur le trottoir, tenant une fillette par la main. Il affichait un sourire à la fois fier et indulgent. Probablement son grand-père, se dit Sweeney – ou son arrière-grand-père. Non loin d’eux, une jeune mère portait son bébé sur le dos, dans un harnais. Elle allait à grands pas, comme si elle s’apprêtait à conquérir le monde, mais elle avait attaché un ballon rouge au porte-bébé. Le gamin avait réussi à attraper la ficelle et contemplait le ballon avec de grands yeux. Il avait une bouche minuscule, bien dessinée. Ses cheveux blonds captaient la lumière du soleil.
Sweeney se remit à manger, puis un souvenir lui revint. Elle émit un bruit de gorge.
— Qu’est-ce qui t’amuse ?
Elle s’émerveilla de la vitesse avec laquelle ils en étaient venus à se comprendre à demi-mot, comme un couple de longue date.
— Ces filles du Sud profond ! Elles ne savent que roter et boire de la bière ! dit-elle en imitant Candra.
Et ils pouffèrent de rire.
Candra ne pouvait s’empêcher de pleurer, tout en sachant combien elle se rendait ridicule. Elle prit un taxi pour retourner à la galerie et sanglota tout le long du chemin. Le chauffeur ne cessait de la regarder dans le rétroviseur, espérant engager la conversation. Il perdait son temps cependant : Candra n’encourageait pas les bavardages avec les chauffeurs de taxi. Surtout quand elle était au trente-sixième dessous.
Mrs Worth se tamponna les yeux avec un mouchoir en papier, afin de préserver les vestiges de son maquillage sophistiqué. De nouvelles larmes ne cessèrent toutefois d’affluer.
Qu’il soit maudit ! pensa-t-elle. Et Sweeney aussi ! Qu’ils soient maudits tous les deux pour avoir l’air tellement… tellement ensemble ! Candra s’étonnait que Sweeney pût se montrer aussi hypocrite – et aussi convaincante dans sa fausseté. La directrice de la galerie Worth rougissait d’humiliation au souvenir de son coup de téléphone à la jeune artiste, le lendemain du fiasco avec les McMillan. Richard devait se trouver auprès d’elle, ce matin-là. Ils sortaient probablement du lit. Sans doute avaient-ils ri à ses dépens.
Cette femme infidèle souffrait, comme jamais elle n’aurait cru pouvoir souffrir. Elle avait perdu Richard, de façon abstraite d’abord. Et à présent pour de bon : Sweeney avait pris sa place. Or Candra se découvrait soudain incapable d’aimer un homme comme elle avait aimé son mari. Elle l’aimait toujours, d’ailleurs. Son pouvoir continuait à la fasciner, et cela bien que Richard l’exerçât contre elle. Sweeney saurait-elle apprécier le cadeau que lui envoyait le ciel, ou bien était-elle trop immature pour comprendre son bonheur ?
Sans doute était-ce son manque d’expérience qui avait séduit Richard. Car Sweeney n’avait aucune classe et sa conversation frisait souvent l’absurde. Candra se demandait pourquoi elle plaisait aux hommes. Kai lui-même l’avait jugée attirante. Certes, elle était assez jolie, concéda Candra, à cœur défendant. À condition toutefois que l’on occulte le fait qu’elle avait souvent de la peinture dans les cheveux, et qu’elle semblait tout le temps dans la lune.
Et Richard la trouvait captivante ! Cet homme rationnel, organisé, toujours concentré sur son travail ! Candra aurait pensé que Sweeney allait l’insupporter au bout de quarante-huit heures à peine. Mais de toute évidence…
La directrice de la galerie Worth enrageait. La jeune artiste lui avait paru si rayonnante ! Candra ferma les yeux, mais rien n’atténua la douleur que lui infligeait cette image : Richard et Sweeney main dans la main, souriants, comme des amants heureux ! Sweeney qui jubilait, telle une maîtresse qu’on a honorée toute la nuit – voire aussi au matin, connaissant Richard.
Candra avait peine à croire qu’elle pût ainsi pleurer et fulminer. Elle venait de gâcher sa dernière chance d’obtenir un arrangement financier plus intéressant. Car Richard avait forcément deviné la raison de sa visite. Carson McMillan restait donc son dernier espoir de régler ses dettes. Mais il semblait que le sénateur eût besoin qu’on l’aiguillonne…
Kai venait d’ouvrir la galerie lorsque Candra arriva en taxi. Il n’y avait encore aucun client. Elle régla la course et se hâta de se réfugier à l’intérieur.
Kai la dévisagea, intrigué.
— Dure matinée ? s’enquit-il.
— Va te faire voir !
Mrs Worth passa devant le jeune homme à grands pas. Elle s’engouffra dans son bureau, se munit de sa trousse de maquillage, puis s’enferma dans la salle de bains. Elle réprima un cri d’horreur en voyant son reflet dans la glace. Des traînées de mascara déparaient son visage et ses yeux étaient injectés de sang ! Elle mouilla des serviettes en papier, les appliqua sur ses paupières, telles des compresses froides.
Kai parut au moment où sa maîtresse appliquait du fond de teint sur son visage bouffi.
— Tu peux me laisser, je te prie ? cracha-t-elle.
Le jeune homme ignora sa requête. Il s’adossa au placard, bras croisés.
— Richard t’a encore tourmentée ?
— Qu’est-ce qui te fait croire qu’il s’agit de Richard ?
Elle se moucha, jeta le mouchoir à la poubelle et se poudra.
— Parce que tu n’obtiens jamais ce que tu veux avec lui. Et que cela te met dans tous tes états à chaque fois. Il te mène à la baguette.
— Certainement pas ! Personne ne me mène à la baguette !
— Mais non chérie, calme-toi.
— Et ne m’appelle pas chérie, s’il te plaît ! Tu n’es qu’un coup, pour moi. Et tu le sais !
— On est de mauvaise humeur, n’est-ce pas ? Richard a encore refusé d’augmenter le montant du versement.
Candra pivota sur ses talons, ivre de rage.
— Que peux-tu savoir de cet arrangement financier ?
— Il y avait un message de ton avocate sur le répondeur, chérie. Elle te conseille de signer les documents avant de tout perdre et de ne plus avoir de quoi la payer. Elle n’a pas formulé les choses en ces termes, bien entendu, mais le propos était clair.
— Comment oses-tu écouter mes messages ! éructa Candra, offusquée.
— Olivia Yu a téléphoné ici, à la galerie, pas chez toi, Candra. Tu pourrais lui demander de se montrer plus discrète.
— Je n’ai pas de conseil à recevoir de toi. Dehors !
Kai s’exécuta, l’air boudeur. Mrs Worth respira profondément pour se calmer. Après quoi, elle étudia son maquillage dans le miroir et effectua quelques nouvelles retouches avec du fond de teint et de la poudre. Le résultat n’était pas parfait, mais elle avait tout de même meilleure allure que bien des femmes au sortir d’un institut de beauté.
Candra comprit qu’elle n’avait plus d’autre choix que de téléphoner à Olivia. Elle avait trop tardé, pensant récupérer les sommes déduites par Richard. Son mari n’avait jamais douté qu’elle finirait par se rendre à sa volonté.
Candra s’estimait tout à coup bien naïve de s’être crue capable de lui tenir tête. Elle eut envie de pleurer, mais ravala ses larmes. Elle regagna son bureau d’un pas nerveux, referma la porte derrière elle et composa le numéro de son avocate.
— Organisez-moi un rendez-vous, déclara-t-elle. Je vais signer. Les mesures de rétorsion cesseront dès que vous appellerez Gavin Welles ?
— Je ferai en sorte que vous ne soyez pas pénalisée, répondit Olivia Yu. Il va falloir refaire les documents. Ce qui peut prendre un certain temps. Reportons la signature à demain, si vous voulez.
— Cela me convient tout à fait.
Les avocats allaient devoir rédiger un nouveau protocole, afin de prendre en compte les déductions exigées par Richard, Candra ne doutait pas que son mari eût déjà contacté Gavin Welles afin de protéger les intérêts de Sweeney. L’homme d’affaires allait forcer Candra, de façon légale, à dégager l’artiste de toute obligation envers la galerie.
Après avoir parlé avec Olivia, Candra chercha le numéro des McMillan dans son agenda. Ce fut une domestique qui prit la communication.
— Oui, monsieur est là. Qui le demande ?
— Candra Worth.
Celle-ci jugeait inutile de cacher son identité. Carson prendrait plus volontiers l’appel s’il savait qu’elle était en ligne. Cela n’allait pas lui plaire, mais il allait s’exécuter.
Elle dut patienter plusieurs minutes. Elle commençait à s’impatienter, quand elle entendit la voix du politicien à l’autre bout du fil. L’homme paraissait nerveux. Il a peur, pensa Candra, qui reprit courage.
— Qu’est-ce que tu veux ? demanda abruptement Carson.
Candra réussit à émettre un petit rire. Quelle satisfaction de dominer la situation – pour une fois.
— Question idiote, Carson.
— Il n’est pas simple de réunir autant d’argent aussi rapidement, se récria-t-il.
— Tu plaisantes ! Vends des actions, encaisse des obligations, pioche dans divers comptes. Tu ne peux pas me servir ce genre d’excuse, mon vieux. Si l’argent n’est pas sur mon compte demain après-midi, tes adversaires vont se frotter les mains, La photo du futur président occupé à sniffer de la coke en deuxième page du Washington Post, tu imagines ?
— Cette conversation est enregistrée, Candra, déclara McMillan, avec suffisance. J’ai à présent la preuve que tu essaies de me faire chanter. À mon avis, c’est un délit. Tu me tiens, ma vieille, mais je te tiens aussi !
— Vraiment ? s’étonna Candra. Tu as mal évalué la situation, Carson. Si je ne puis disposer de cette somme, je suis ruinée. Je me moque donc de ta parade ridicule. Tu connais l’adage : une situation désespérée exige des mesures désespérées.
— Espèce de salope…
— Allons, sénateur. Restons civilisés.
Candra préférait éviter une nouvelle querelle.
— Civilisés, mon cul !
Le politicien respirait fort.
— Regarde les choses en face, Carson : cet enregistrement te sera utile seulement si les photos sont publiées. Et alors, il sera trop tard. Ta carrière n’y aura pas résisté. Nous avons beaucoup à perdre l’un et l’autre, mais si tu ne me verses pas l’argent, je plonge. Alors autant t’entraîner dans ma chute !
Candra parlait d’un ton calme, mesuré. Elle ne bluffait pas.
Carson le savait. Il capitula.
— Sois maudite, Candra ! Mais laisse-moi au moins quarante-huit heures pour réunir l’argent.
— Après-demain, alors. Mais pas un jour de plus.
Kai sourit, assis à son bureau. Il raccrocha au même instant que Candra. Le play-boy espionnait les conversations de sa maîtresse depuis des années, accumulant les moyens de pression contre elle. Mrs Worth pensait dominer la situation : elle se trompait.
La garce s’essayait au chantage ! Kai ne s’en étonna pas outre mesure. Richard lui mettait le couteau sous la gorge, et Candra n’était pas femme à pouvoir se passer d’argent.
Quand elle aurait signé le protocole souhaité par Richard, Candra deviendrait propriétaire de la galerie. Sans doute renverrait-elle Kai, comme elle l’en avait menacé. Sa patronne s’accommodait de lui tant qu’il lui donnait satisfaction au lit, mais le jeune homme était las de jouer les gigolos.
Candra sortit de son bureau, tout sourire.
— Chéri ! minauda-t-elle.
Elle s’approcha du bureau de Kai et lui posa la main sur la nuque.
— Je suis navrée de t’avoir rembarré. Tu avais raison. Je me suis disputée avec Richard et j’ai passé ma colère sur toi.
Et maintenant, elle allait lui offrir son corps pour calmer le jeu, anticipa Kai, cynique.
Candra passa les doigts dans les cheveux de son jeune amant.
— Comment pourrais-je me faire pardonner ? susurra-t-elle, charmeuse.
Kai se leva de son fauteuil, se soustrayant au désir de Candra.
— Ce ne sera pas utile, déclara-t-il, le plus poliment qu’il put.
Kai aurait saisi l’opportunité s’il n’avait pas déjà eu un rendez-vous prévu à l’heure du déjeuner. Dommage, pensa-t-il. Il aurait apprécié la bousculer un peu – voire plus qu’elle ne l’eût souhaité.
— Ne boude pas, chéri, ce n’est pas séduisant, protesta celle-ci.
Kai haussa les épaules, l’air indifférent.
— Je ne suis pas d’humeur, Candra.
— N’importe quoi ! Tu es toujours d’humeur.
— Peut-être que je deviens sélectif.
Il vit, satisfait, le dépit, puis la colère se peindre sur le visage de sa maîtresse. Cette femme n’avait jamais supporté qu’on la rejette. Candra était vraiment belle, reconnut-il. Si belle qu’elle avait toujours séduit qui elle voulait. Le fait que Richard l’eût délaissée l’avait secouée. Mrs Worth avait perdu de sa superbe. Et voilà que son petit assistant refusait ses avances ! Son univers devait chavirer, pensa Kai.
— Dans ce cas, boude bien ! siffla Candra, d’un ton pincé. Et à propos, demande à l’encadreur de rapporter les derniers tableaux de Sweeney. Nous n’exposerons plus son travail.
— Ah bon.
Intéressé par cette nouvelle donne, Kai haussa un sourcil.
— C’est dommage, remarqua-t-il. Ils se seraient bien vendus. Quel est le problème ?
Candra pianota sur le bureau de son amant du bout des ongles.
— Une petite complication. Je l’ai trouvée en compagnie de Richard, ce matin.
Kai renversa la tête en arrière et éclata de rire. C’était manquer de diplomatie, mais cette image s’avérait tellement délectable !
— Alors c’est ça qui t’a mise en rogne ? Tu les as surpris dans une situation compromettante, au moins ?
Candra supportait mal les railleries de Kai : son expression haineuse en disait long au jeune homme.
— Je les ai vus sortir tous les deux de chez Sweeney. Richard a dû y passer la nuit.
Kai émit un sifflement admiratif.
— Il n’aura pas perdu de temps, remarqua-t-il. Sweeney n’est pas une fille facile, à mon avis. Richard a dû se surpasser pour l’avoir.
Il s’amusait à flatter Richard de façon outrancière – il n’ignorait pas que cela agaçait sa maîtresse.
— Je m’occuperais bien d’elle, moi aussi, ajouta-t-il.
— Je ne vois pas ce qu’elle a d’exceptionnel ! lâcha Candra d’un ton sec.
— Tu veux dire en plus de ces grands yeux bleus et de cette chevelure incroyable ? Eh bien elle a de beaux seins. Et un cul magnifique…
— Je n’ai pas besoin que tu me passes en revue ses atouts ! cracha Candra, folle de rage.
Elle tourna les talons et s’en fut dans son bureau. Kai ricana – et s’aperçut qu’il était excité. Il se plaisait à torturer Candra. De plus, imaginer Sweeney nue le troublait énormément.
Kai baigna dans cette euphorie sexuelle toute la matinée. Même lorsqu’il reçut des touristes de Omaha, qui tenaient à rapporter « de vraies peintures » dans le Nebraska. Sachant d’instinct ce qu’ils recherchaient, Kai détourna habilement leur attention des œuvres modernes et abstraites. Il se plut à leur vanter le talent de Sweeney. Deux de ses tableaux étaient encore exposés à la galerie. Candra n’eût pas apprécié que ces messieurs s’en portent acquéreurs.
Ce qu’ils firent, à la grande joie de Kai.
À midi et demi, le jeune homme quitta la galerie, puis parcourut les trois kilomètres qui le séparaient de chez lui. Un hôtel eût été préférable, mais la femme qu’il fréquentait craignait qu’on ne la reconnût dans un lieu public. Kai lui avait confié un double de ses clés. Il savait qu’elle l’attendrait. Le play-boy songea, avec un petit sourire, qu’il reviendrait travailler plus tard que d’habitude.
L’invitée de Kai avait verrouillé la porte. Il frappa une fois, vit le judas s’assombrir comme sa visiteuse collait l’œil dessus. Elle lui ouvrit.
— Kai, chéri. Tu es en retard !
Le séducteur sourit. Son hôte s’était dévêtue et portait le peignoir qu’il gardait spécialement à l’intention des dames. L’échancrure du vêtement laissait apparaître la moitié d’un sein. Elle était bien conservée pour une femme qui aurait pu avoir des enfants de l’âge de Kai. Celui-ci se demanda combien de fois elle avait eu recours à la chirurgie esthétique.
— Tu es très belle, déclara-t-il en la prenant dans ses bras.
Kai fit glisser le peignoir des épaules de Margo McMillan, qui cambra son corps mince, lui offrant ses seins. L’amant de Candra Worth accomplit ensuite ce qu’on attendait de lui.